Dans le prolongement de ma réflexion sur la causalité, je me demande si le compromis biais–variance ne pourrait pas fournir une analogie utile pour penser le débat sur la théorie du commandement divin (DCT).
Le problème est celui du fondement de la morale :
un acte est-il bon parce qu'Allah le commande,
ou Allah le commande-t-Il parce qu’il est bon ?
C’est la forme moderne du dilemme d’Euthyphron.
Il faut d’emblée distinguer deux questions :
- ce qui rend un acte bon,
- et ce qui le rend obligatoire.
Le philosophe Robert Adams a construit une théorie du commandement divin sur cette distinction :
l’obligation dépend du commandement, la bonté se fonde sur la nature de Dieu.
Les ashʿarites distinguaient déjà trois sens du bien (ḥusn) :
- la perfection d’une chose,
- sa convenance à une fin,
- et le fait de mériter louange et récompense.
Les deux premiers relèvent de la raison.
Seul le troisième dépend de la Loi révélée.
Une précision avant d’aller plus loin :
l’analogie porte sur notre raisonnement, pas sur Allah.
Le biais et la variance décrivent les erreurs de celui qui cherche une structure inconnue à partir de données limitées.
Ici, celui qui cherche, c’est nous, qui essayons de comprendre ce qu’Allah commande et pourquoi, à partir des textes révélés.
Il n’y a ni biais ni variance en Allah.
En apprentissage statistique, aucun modèle n’apprend sans hypothèses préalables :
sans elles, aucune méthode ne fait mieux qu’une autre.
Mais des hypothèses trop restrictives font manquer la structure réelle, c’est le biais.
Et un modèle trop flexible/variable donne des conclusions instables, qui changent avec chaque échantillon, c’est la variance.
Du côté des hypothèses, je placerais ce que nous comprenons de la Sagesse Divine, de Ses beaux Noms et Attributs.
Nous ne lisons pas les commandements comme s’ils venaient d’une volonté sans attribut : nous les rapportons à Allah, le Savant, le Sage, le Juste, le Miséricordieux.
Cette connaissance oriente notre compréhension de ce qui sied à Son action ; sans elle, nous ne comprendrions rien de la Loi.
Mais le risque est réel : si notre idée de la sagesse est trop étroite, elle exclut d’avance ce que Allah a pu vouloir. C’est l’erreur d’un modèle mal spécifié.
C’est aussi, en substance, le reproche des ashʿarites aux muʿtazilites : appliquer à Allah des normes tirées de l’action humaine.
Du côté de la flexibilité, je placerais l’étendue des possibles qui relèvent de Sa Puissance.
La reconnaître est juste : ce qui nous paraît préférable n’est pas, pour cette seule raison, la seule possibilité. Mais si tout possible devient un commandement envisageable, nos raisonnements sur la Loi n’ont plus de prise.
On ne peut plus dégager la raison d’être d’une règle (ʿilla), ni l’étendre à un cas nouveau par analogie (qiyās). La conclusion devient instable, faute de structure.
Je distinguerais alors trois niveaux :
- ce qui est possible,
- ce qui est sage,
- et ce qui est effectivement prescrit.
Les grandes positions se distinguent par la façon dont elles relient ces niveaux.
Pour une partie des muʿtazilites, Allah doit faire le meilleur : le sage et le prescrit tendent à se confondre.
Pour les ashʿarites, tout ce que Allah fait est sage, mais la raison ne peut pas fixer d’avance ce qu’Il doit faire : la sagesse n’est pas un filtre indépendant.
Les māturīdites tiennent les trois niveaux distincts : tout ce qui est prescrit est sage, mais tout ce qui est possible ne convient pas à Sa sagesse.
Un cas classique montre que la question n’est pas théorique :
Allah peut-Il imposer une obligation au-delà des capacités de l’homme (taklīf mā lā yuṭāq) ?
Pour les ashʿarites, c’est rationnellement possible.
Les māturīdites le rejettent : on ne peut pas être légalement ordonné au-delà de ses capacités.
La question « tout possible peut-il être commandé ? » sépare ici deux écoles. Il faut aussi distinguer sagesse et nécessité.
Plusieurs prescriptions différentes peuvent être également sages : la sagesse ne détermine pas forcément une prescription unique.
Les statisticiens connaissent cette situation :
Leo Breiman parlait d’« effet Rashomon » pour désigner plusieurs modèles très différents qui expliquent aussi bien les mêmes données. Inversement, un commandement librement choisi n’est pas pour autant dépourvu de sagesse.
Al-Ghazālī le soutenait déjà contre les philosophes, avec l’exemple de deux dattes identiques :
la volonté peut choisir l’une sans qu’une raison extérieure l’y contraigne.
L’intelligibilité d’un choix n’exige pas qu’il ait été le seul possible.
Reste une piste pour sortir du dilemme.
En statistique, on ne fixe pas toujours ses hypothèses à l’avance : on peut aussi les apprendre des données.
Al-Shāṭibī procède d’une manière comparable.
Pour lui, les finalités de la Loi (maqāṣid) ne sont pas imposées par la raison : elles se dégagent d’une lecture inductive (istiqrāʾ) de l’ensemble des textes. Nos repères sur la Sagesse Divine viennent alors de la Révélation elle-même, et restent révisables à son contact.
Le biais et la variance sont des outils empruntés au monde sensible.
Ce qui m’intéresse, c’est la double exigence qu’ils font apparaître : reconnaître une intelligibilité de l’Action Divine, sans réduire l’étendue des possibles à ce que notre raison parvient à anticiper.
En complément de mon texte sur la causalité, un exemple qui l’illustre bien : la sagesse des foules.
En 1906, Francis Galton relève 787 estimations du poids d’un bœuf dans une foire. La médiane tombe à 1 207 livres, pour un poids réel de 1 198. Petite ironie : c’est le même Galton qui a introduit la corrélation en statistique.
Le mécanisme est connu. L’erreur de la moyenne collective est égale à l’erreur moyenne des individus, moins la diversité de leurs estimations : c’est le théorème de diversité de Scott Page. Les erreurs se compensent, à condition que les gens soient divers et indépendants.
Pour une question à deux réponses, Condorcet l’avait montré dès 1785. Si chaque votant a raison plus d’une fois sur deux, indépendamment des autres, la majorité a de plus en plus de chances d’avoir raison quand le groupe grandit. Sinon, c’est l’inverse : avec 101 votants justes à 60 %, la majorité a raison 98 fois sur 100 ; à 40 %, elle se trompe 98 fois sur 100.
C’est là que je retrouve mon objection. Une lecture humienne constate que la foule a souvent raison. Une ontologie des pouvoirs dit pourquoi : l’agrégation ne crée aucune connaissance, elle amplifie une capacité réelle, mais imparfaite, déjà présente chez chacun. Et elle dit quand ça échoue : quand cette capacité manque, ou quand quelque chose l’empêche de s’exercer (dépendance, biais partagé, effet de troupeau).
Ça éclaire un hadith souvent cité.
D’après Anas ibn Mālik, le Prophète ﷺ a dit : « Ma communauté ne s’unira pas sur un égarement. Si vous voyez des divergences, attachez-vous au grand nombre (al-sawād al-aʿẓam). »
حَدَّثَنَا الْعَبَّاسُ بْنُ عُثْمَانَ الدِّمَشْقِيُّ، حَدَّثَنَا الْوَلِيدُ بْنُ مُسْلِمٍ، حَدَّثَنَا مُعَانُ بْنُ رِفَاعَةَ السَّلاَمِيُّ، حَدَّثَنِي أَبُو خَلَفٍ الأَعْمَى، قَالَ سَمِعْتُ أَنَسَ بْنَ مَالِكٍ، يَقُولُ سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ ـ صلى الله عليه وسلم ـ يَقُولُ " إِنَّ أُمَّتِي لَنْ تَجْتَمِعَ عَلَى ضَلاَلَةٍ فَإِذَا رَأَيْتُمُ اخْتِلاَفًا فَعَلَيْكُمْ بِالسَّوَادِ الأَعْظَمِ " .
(Ibn Mājah, 3950)
Une précision s’impose : cette chaîne est faible, car Abū Khalaf al-Aʿmā y est jugé matrūk. La première partie est en revanche jugée fiable grâce à d’autres voies, notamment celles d’Ibn ʿUmar et d’Ibn ʿAbbās.
Le Coran semble pourtant dire l’inverse : « Si tu obéis à la plupart de ceux qui sont sur terre, ils t’égareront du chemin d’Allah » (6:116).
Condorcet aide à lever la contradiction : une majorité amplifie la tendance de ceux qui la composent, vers le vrai s’ils sont compétents, vers l’erreur sinon.
Ce que je trouve frappant, c’est que la tradition savante connaissait déjà les deux conditions de Condorcet, sous d’autres noms.
La compétence : l’ijmāʿ qui fait autorité est celui des mujtahids, pas celui de n’importe quel groupe.
• Pour que le théorème du jury fonctionne, la probabilité individuelle de viser juste p doit être > 0,5.
En limitant l'Ijmāʿ (consensus) aux mujtahids (savants qualifiés pour l'effort de réflexion), la tradition savante s'assure précisément que la condition de compétence individuelle est remplie. Un consensus de profanes sur un sujet complexe de théologie ou de droit aurait un p < 0,5 et mènerait mathématiquement à l'égarement collectif.
L’indépendance : un récit mutawātir est transmis par tant de personnes que la coutume (ʿāda) exclut qu’elles se soient concertées pour mentir.
Le rapporteur mutawātir (transmission notoire) exige un nombre de personnes si grand, issu de lieux et de contextes si différents, que la collusion ou le biais partagé est rendu impossible par la coutume (ʿāda). C'est pratiquement la définition de l'indépendance statistique : éliminer les corrélations de groupe (l'effet de troupeau) pour que seules les erreurs aléatoires se compensent.
Et c’est la même ʿāda que dans le débat entre ashʿarites et māturīdites sur la causalité.
Reste la question du fondement. La préservation de la communauté ne repose pas sur une loi statistique, mais sur une Promesse Divine.
- Dans une lecture māturīdite, le mécanisme de Condorcet peut être l’une des causes par lesquelles Allah réalise cette promesse : des capacités réelles, la raison et la science des savants, agrégées selon Sa ḥikma.
- Un ashʿarite y verra une ʿāda.
Encore une fois, la statistique décrit le mécanisme sans trancher ce qui le fonde.
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Nouvelle vidéo disponible : youtu.be/mCSyaMk9WNE?si=nu49…
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“Whoever turns away from the remembrance of the Most Merciful, We appoint a devil as his companion.” (43:36)
al-Sa‘di in commentary of this verse said:
"Whoever turns away from the Quran is accompanied by a devil who leads him toward sin."
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Muhammed Avvâme Hoca:
İmamlarımızın kendilerine has senedleri vardır; fıkıhlarının hadislerini, eğer mümkün olursa bizzat kendi kitaplarından tahriç etmek gerekir.
Şayet bu mümkün olmazsa, o zaman muhaddislerin kitaplarından tahriç ederiz; ancak şu şartla ki++++
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✅ Your brain will thank you for:
• Practicing close reading
• Learning symbolic logic
• Engaging in metacognition
• Checking your sources
❌ Your brain will NOT thank you for:
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Across 40 fMRI datasets and 2,175 participants, emotion regulation capacity lacks a shared neural signature.
nature.com/articles/s41586-0…
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العالم الكبير د. بشار عواد معروف وحديثه عن الاستفادة من الذكاء الاصطناعي في علم الحديث.
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On lui promettait «zéro tracas, zéro blabla» mais il bataille depuis 2023 avec la MMA.
Gérant d’un magasin de téléphonie mobile de Pantin qui a été saccagé lors des émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, Mardoché s’épuise depuis trois ans dans un bras de fer avec son assureur pour être indemnisé. Il n'a pour l'heure pas reçu le moindre euro.
Pas moins de trois experts divergent sur la nature du sinistre et son dossier est au point mort ➡️ l.leparisien.fr/LelJ
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Llegan más lejos los obstinados que los mas inteligentes.
La repetición es una de las herramientas más potentes que tiene el cerebro para aprender y consolidar recuerdos. Cada vez que repites una acción, una idea o una habilidad, no solo la estás practicando en ese momento, sino que estás enviando una señal clara al cerebro de que eso es importante. Gracias a eso, incluso cuando ya no estás pensando en ello (por ejemplo, mientras descansas o duermes), el cerebro sigue “repasando” internamente esas experiencias de forma automática, especialmente en las áreas corticales.
Esa reactivación offline fortalece las conexiones neuronales y hace que la memoria se vuelva más estable y fácil de recuperar a largo plazo. Por eso, la maestría no llega solo con entender algo una vez, sino con repetirlo lo suficiente para que el cerebro lo integre de manera profunda y duradera.
pas de mantiq/maqulat sans tazkiyah les amis
Las falacias no son solo errores de lógica, sino atajos que usa el cerebro cuando está saturado, ansioso o necesita proteger su identidad: el ad hominem aparece cuando nos sentimos amenazados y preferimos atacar una versión distorsionada del otro o a la persona misma en vez de enfrentar la idea; la falacia de autoridad y la anecdótica surgen porque el cerebro ahorra energía confiando en figuras o en lo que “me pasó a mí” en lugar de evaluar evidencia; la generalización apresurada y el punto medio son mecanismos para reducir la incertidumbre rápida y sentirse en control, funciona como defensa cuando alguien señala una inconsistencia nuestra.
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Las falacias no son solo errores de lógica, sino atajos que usa el cerebro cuando está saturado, ansioso o necesita proteger su identidad: el ad hominem aparece cuando nos sentimos amenazados y preferimos atacar una versión distorsionada del otro o a la persona misma en vez de enfrentar la idea; la falacia de autoridad y la anecdótica surgen porque el cerebro ahorra energía confiando en figuras o en lo que “me pasó a mí” en lugar de evaluar evidencia; la generalización apresurada y el punto medio son mecanismos para reducir la incertidumbre rápida y sentirse en control, funciona como defensa cuando alguien señala una inconsistencia nuestra.
Vivimos rodeados de opiniones que no gozan de un razonamiento lógico y una base fundada. Se trata de las #falacias: argumentos sin validez reconocibles por su carencia de cualquier tipo de lógica.
ethic.es/siete-falacias-para…
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My reflections on al-Azhar through the life of my teacher, the late Shaykh Muhammad Hasan Hitou, may Allah Most High have mercy on him, who was at al-Azhar during the period when its education was being reformed.
How 1,000 Years of Islamic Scholarship Changed: Al-Azhar | Shaykh Hamza Karamali youtu.be/g_l1bjM0QQY?si=H9BP… via @YouTube










































